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Considérée comme un problème de mise en scène, la lettre au cinéma est un motif propice à stimuler l’imagination des cinéastes. Qu’elle soit le motif privilégié d’un cinéaste comme Max Ophuls ou d’un genre comme le mélodrame hollywoodien, l’objet de documentaires à la gloire du General Post Office britannique ou l’occasion de poèmes chez Tony Harrison, envoyée de façon anonyme dans la Treizième lettre, perdue dans Retour à Cold Mountain ou déchirée dans Sueurs froides, la lettre se révèle un agent dramatique à part entière. Jouant des écarts spatiotemporels permettant toutes sortes de circulations spatiales ou signifiantes, elle instaure un mode de communication spécifique au sein du film mais aussi avec le spectateur. Si l’adaptation de récits épistolaires à l’écran reste une gageure, certains cinéastes n’hésitent pas à concevoir leur film comme une lettre adressée à l’absent, que ce soit le père défunt chez Nathaniel Kahn, Dieu chez Neil Jordan ou le futur spectateur chez Jonas Mekas. L’écriture épistolaire rejoint ici celle du journal intime, toutes deux centrées sur l’écriture de soi dans le moment présent. De la missive insérée dans le film au film conçu comme lettre, les articles de ce recueil proposent donc une exploration de l’écriture épistolaire à l’écran dans le domaine du cinéma anglophone, jusqu’à la signature et autres inscriptions du nom propre, clôture de l’identité et du courrier.